En 2005, les principales organisations sociales boliviennes portaient Evo Morales au pouvoir par les urnes, après plusieurs années de mobilisation contre les politiques dites " néolibérales ". Cette élection marquait alors un tournant dans ce pays considéré comme le plus pauvre et le plus " autochtone " d'Amérique du Sud, ouvrant la voie à une plus grande souveraineté nationale sur le territoire et à de nouvelles perspectives sociales et économiques pour ses habitants. Qu'en est-il aujourd'hui ?En s'appuyant sur plus de dix années de recherche en Bolivie, les sociologues Laurent Lacroix et Claude Le Gouill retracent le contexte de l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales et analysent les principales politiques gouvernementales, les tensions sociales qui ont accompagné la construction de l'Etat " Plurinational ", ainsi que la nouvelle place du pays à l'international dans le contexte de ce qui a été nommé le " virage à gauche " de l'Amérique du Sud.Laurent Lacroix est Docteur en sociologie. Ses dernières recherches portent principalement sur l'Etat plurinational en Bolivie et en Equateur et sur les droits des peuples autochtones en Amérique latine.Claude Le Gouill est Docteur en sociologie, chercheur associé au CREDA. Ses recherches portent sur les communautés andines et les conflits environnementaux en Bolivie et sur le continent américain.
À l'aube du XXe siècle, un diagnostic extrêmement pessimiste de la situation de la Bolivie amène la nouvelle élite libérale à ériger l'école en l'instrument le plus fiable des transformations sociales dont elle rêve pour que le pays puisse intégrer le concert des "nations civilisées". La "régénération nationale" entreprise s'appuie alors sur une politique éducative qui aspire à créer de la modernité et de l'unité nationale. "Civiliser et régénérer" le peuple par l'école semble un pré-requis indispensable pour le rapprocher de normes et de formes de pensée considérées comme les seules voies vers le progrès. Le projet devient celui d'une "désindianisation" de la société. Création d'écoles publiques, nationalisation des programmes et des méthodes pédagogiques, premières initiatives étatiques en milieu rural, constitution d'un corps enseignant professionnalisé, sont quelques-unes des mesures de ces premières années. Le but initial semble être de fournir au plus grand nombre un bagage scolaire et culturel minimal. Mais ce projet homogénéisateur de la première décennie cède le pas, après 1910, à une politique éducative de la différenciation. Le "blanchiment" du peuple reste un idéal. L'école doit travailler à éliminer certaines distances… mais elle doit aussi veiller à en maintenir d'autres.Ce travail prétend dévoiler ce processus ambigüe que fut la politique éducative libérale, entre la recherche d'un rapprochement et celle d'un maintien à distance de l'Autre, celui qui était considéré comme malade, dégénéré, toujours si différent… et pourtant si nécessaire.
Ce livre, rédigé à la suite d'une enquête ethnographique entre 2012 et 2013, met en lumière la situation des travailleuses domestiques au Mexique, à travers l'analyse et l'articulation de trois systèmes d'oppression: le genre, la classe et la "race".Les dynamiques sous-jacentes aux rapports de pouvoir sont importantes parce qu'elles permettent de comprendre non seulement les conditions de travail, mais encore, plus largement, les imaginaires qui traversent la société mexicaine (un panel large entre servante et employée de maison).Cependant ces femmes travailleuses, loin d'être les victimes d'un système, ne sont pas totalement surdéterminées par leur statut. Elles sont aussi capables d'agir et d'élaborer des stratégies, individuelles ou collectives, pour essayer d'éviter la discrimination, l'exploitation, le harcèlement, le classisme et le racisme.C'est grâce à une approche interdisciplinaire et féministe que nous interrogeons les conditions matérielles et subjectives des travailleuses domestiques.
Dans les années 1990 au Brésil, les premiers textes
législatifs encadrant le territoire des populations
traditionnelles d'Amazonie brésilienne partaient du postulat
que ces populations seraient menacées de disparition si
elles venaient à être coupées de leur accès aux ressources
naturelles.
De 2009 à 2013, à partir de cinq sites d'étude (Abuí, Cunani,
Jarauacá, Campo Alegre et São Francisco do Iratapuru),
une équipe de chercheurs s'est efforcée de dégager les
enjeux sociaux et spatiaux des populations traditionnelles
d'Amazonie. Elle a, pour cela, minutieusement collecté
et analysé les informations issues de données GPS,
d'entretiens ou de rapports statistiques.
Quels rapports ces sociétés entretiennent-elles avec leur
territoire? Qu'entend-on par l'expression " populations
traditionnelles "? Comment le savoir territorial, qui
fait l'originalité de ces populations, se transmet-il des
anciennes aux nouvelles générations? Telles sont les
questions auxquelles ont voulu répondre François-Michel
Le Tourneau et ses co-auteurs géographes, sociologues et
anthropologues.
Le coup d'État du général Pinochet au Chili le 11 septembre 1973 connaît un fort retentissement à l'étranger, notamment en Grèce où sévit la dictature des colonels depuis 1967. Deux mois plus tard, le 17 novembre, les manifestations d'étudiants à l'École polytechnique à Athènes sont très violemment réprimées par la junte, faisant plusieurs morts. "Chili-Grèce, mêmes ennemis, même combat", écrit la revue L'Autre Grèce depuis Paris, où des exilés des deux pays se sont réfugiés et s'entraident. Éloignées géographiquement, les sociétés grecque et chilienne seront rapprochées virtuellement en raison de l'expérience dictatoriale que leurs citoyens ont dû subir dans un contexte de confrontation idéologique aggravée par la guerre froide. Les deux sociétés ont aussi dû développer des moyens d'action, des pratiques de résistance, pour donner du sens à la dissidence et à l'opposition aux juntes militaires. Les slogans de solidarité vis-à-vis de Salvador Allende scandés par les étudiants de l'École polytechnique d'Athènes, la mise en musique de la poésie de Pablo Neruda par Mikis Théodorakis dans son Canto General, sont certaines des manifestations traçant le chemin vers une approche comparatiste.Cinquante ans après les événements tragiques de l'automne 1973, une journée d'étude de la Bibliothèque nationale de France, est revenue sur ces événements en portant un regard croisé sur l'histoire culturelle des luttes contre ces dictatures. Dans une perspective et une volonté d'histoire connectée, il était question de saisir les interactions, de repérer les interdépendances entre les deux sociétés autour du phénomène de la résistance à des régimes autoritaires par l'intermédiaire de l'expression socioculturelle, de retracer et de commenter les transferts culturels, la circulation d'acteurs, d'idées, de pratiques de contestation et/ou de mobilisation, qui ont vu le jour pendant les années 1960-1970. Parmi les sources explorées pour écrire cette histoire culturelle et connectée de la résistance, une place importante a été occupée par la presse en général, la presse allophone en particulier, l'édition littéraire dans toutes ses manifestations, la musique, le documentaire.
En novembre 2008, lors de l'élection de Barack Obama, des millions de téléspectateurs du monde entier ont vu des images du Kenya et des États-Unis, reflets des liens historiques existant entre les continents africain et américain. Il ne manquait que les rivages de l'Amérique du Sud et les images de mégalopoles européennes pour que les contours complets de l'" Atlantique noir " apparaissent de manière tangible. Cette notion géo-historique, forgée par le sociologue anglais Paul Gilroy au début des années 1990, a doté l'anthropologie des sociétés et des cultures afro-américaines d'objets, de problématiques et de cadres théoriques nouveaux. Elle étudie les productions culturelles afro-américaines en évitant le piège des oppositions binaires (essentialisme/anti-essentialisme, tradition/modernité) et dessine les routes maritimes de la terreur esclavagiste comme étant une dimension consubstantielle de la modernité. Révélant l'océan Atlantique comme lieu de circulation, de création et de résistance culturelle, l'ouvrage de Gilroy est rapidement devenu un classique des sciences sociales, discuté dans plusieurs pays, langues et disciplines.Comment historiens, anthropologues, géographes ou sociologues d'Amérique latine, d'Afrique et d'Europe se sont-ils approprié la démarche et les problématiques de l'Atlantique noir ? Quels échos renvoie cette notion lorsqu'elle est travaillée depuis ses différentes franges côtières ou pour des époques différentes ? Quels sont les enjeux – politiques, épistémologiques – des multiples débats qu'elle a suscités ? En quoi les perspectives ouvertes par cette approche novatrice ont-elles transformé la manière de penser les relations entre les trois continents ? C'est à ces grandes questions qu'entend répondre cet ouvrage, qui offre une polyphonie d'échos des travaux de Paul Gilroy et en atteste l'impact dans la pratique des sciences sociales en ce début de XXIe siècle.
Dès les années 1960 au sein du Centre de sociologie européenne, Pierre Bourdieu a développé des équipes internationales pour enquêter en Europe, au Maghreb, en Asie, aux États-Unis et en Amérique latine. Les enseignements à l'EHESS puis au Collège de France, les collections éditoriales (Minuit, Seuil, Raisons d'agir), la revue Actes de la recherche en sciences sociales et Liber-Revue internationale des livres, ont été autant de lieux d'échange et de circulation des idées.En s'appuyant sur l'analyse des relations de Bourdieu et de ses collaborateurs et collaboratrices avec les Amériques, cet ouvrage fait découvrir les pratiques internationales de recherche qui ont contribué à l'élaboration de concepts, de méthodes et de nouveaux champs d'études. Il décrypte le processus de constitution de réseaux intellectuels et detransferts de savoirs, à travers l'invitation et la formation des chercheurs, les activités d'édition, les traductions, l'animation de séminaires ou la réalisation d'enquêtes collectives.Ce livre invite à comprendre la formation d'une véritable internationale scientifique, bien différente des injonctions à l'internationalisation des promoteurs de la global science.
À l'occasion du numéro 100-101 de sa nouvelle série, les Cahiers des Amériques latines proposent un volume particulier destiné à célébrer cet anniversaire. D'une part, une section intitulée "Regards rétrospectifs: les sciences sociales sont-elles périssables?" revient sur trois thématiques qui ont nourri les Cahiers des Amériques latines au cours des dernières décennies et évalue la manière dont elles ont évolué et ont été discutées, contestées ou resémantisées jusqu'au début des années 2020. D'autre part, il restitue à travers des entretiens la trajectoire de recherche de six personnalités du latino-américanisme international. En plus des trois études qui y figurent également, cette livraison s'ouvre par une conversation avec l'écrivain cubain Leonardo Padura et se clôt par un hommage à la géographe Hélène Rivière d'Arc. Enfin, un éditorial signé par l'ensemble du comité propose un regard analytique sur deux décennies de production de la revue et dresse le bilan des évolutions passées et à venir à l'heure de la science ouverte.
Avant-propos (Olivier Compagnon)Chronique :Brasil hoje : mais desenvolvimento e menos desigualdade (Luiz Inácio Lula da Silva) /Dossier : Le Brésil et la France au XXe siècleIntroduction : le Brésil et la France au XXe siècle (Olivier Compagnon et Martine Droulers)Le Brésil, sujet de la géographie régionale française. Continuités et ruptures (Paulo Cesar Da Costa Gomes et Rodrigo R. H. F. Valverde)Febrônio/Fébronio. Transfigurations d'un fait divers dans l'imaginaire brésilien de Cendrars (Anouck Cape)La bossa nova en France : un modèle musical ? (Anaïs Fléchet)Formes et dynamiques des mobilisations politiques des exilés brésiliens en France (1968-1979) (Maud Chirio)Compétences acquises en France et fabrication des élites politiques du Brésil contemporain. La trajectoire de Cristovam Buarque (Daniella de Castro Rocha)ÉtudesAide sociale et coopération en Amazonie brésilienne. L'import-export des bons sentiments (Benjamin Buclet)Pour une poignée de dollars ? Transmission et patrimonialisation de la culture chez les Trumai du Brésil central (Emmanuel de Vienne et Olivier Allard)Ethniciser le territoire. Mouvements pendulaires transfrontaliers dans un contexte amazonien (Jean-Pierre Goulard)
Un secteur " résiduel ". Le télémarketing au Brésil (Isabel Georges)L'institutionnalisation partisane. Une étude du setorial femmes du Parti des Travailleurs à São Paulo (Marie-Hélène Sa Vila Boas)Religião e política no Brasil (Ari Pedro Oro)Escrevendo e cartografando a cidade do Recife na passagem para o século XX (Raimundo Pereira Alencar Arrais)Information scientifiqueLectures