Fondée en 1971 par un groupe de médecins et de journalistes à Paris, Médecins Sans Frontières (MSF) est passée de quelques volontaires à plus de 70'000 personnes avec un budget supérieur à deux milliards d'euros. Néanmoins, l'organisation transmet encore aujourd'hui sa mythologie, soit "une parole choisie par l'histoire", où des French doctors s'opposent au silence du Comité International de la Croix-Rouge pendant la guerre du Biafra.Figure du héros sauveteur souvent mise en image dans une communication qui se veut aujourd'hui plus inclusive, principes fondamentaux alliant neutralité, impartialité et indépendance, cette iconographie est aujourd'hui battue en brèche. À l'ère post Covid, une autre réalité s'opère, qui associe crispation souverainiste des États, baisse des financements des principaux bailleurs de fonds, présence d'acteurs non étatiques dans un contexte de lutte contre le terrorisme, voire criminalisation de l'aide humanitaire. De nouvelles problématiques émergent, telles que les questions de sécurité sanitaire, les défis autour du changement climatique ou la protection des données personnelles des patients.Il apparaît donc indispensable de s'interroger sur la place de l'aide humanitaire face à ces enjeux et de réfléchir aux adaptations nécessaires pour maintenir un impact essentiel auprès des populations les plus vulnérables. Cet ouvrage propose un examen critique de MSF, dont on peut espérer qu'il fera écho aux préoccupations d'autres agences du secteur de l'aide et du grand public.
The seventeenth volume of European Studies in Sport History is devoted to one of the most debated and interdisciplinary themes in sports historiography: the relationship between sport and politics. Based on contributions first presented at the 2021 CESH Congress in Lisbon – held jointly with the ISHPES Congress – this issue brings together a selection of studies that reflect the diversity of approaches, chronologies, and contexts through which this intersection has been explored and reinterpreted in recent years. Building on the framework developed by Allen Guttmann, who identified six key areas – from totalitarian regimes to Olympic policies, from racial and gender politics to class dynamics – the articles in this volume extend the conversation by asking new questions and adopting innovative methodologies. Political dimensions of sport are examined in colonial contexts, such as football in Mozambique under Portuguese rule, and in symbolic rivalries between sporting heroes, such as that between Fausto Coppi and Gino Bartali in postwar Italy, laden with ideological and religious meaning. The issue also explores how sports clubs became spaces for political resistance and social integration, as seen in the case of C.F. Estrela da Amadora in Portugal, and how sport was managed under authoritarian systems such as Francoist Spain and Pilsudski's Poland. Local studies, such as the case of Rijeka/Fiume, and broader investigations like the dissemination of Italian fencing in Argentina, reveal how power, identity, and belonging intersected in the sporting world of the twentieth century. Collectively, the articles offer a critical perspective on sport's role in shaping national imaginaries, producing social hierarchies, and negotiating collective identities. The volume confirms the value of sports history as a privileged lens through which to understand the political and social dynamics of modernity.
Cet ouvrage, qui est devenu aujourd'hui un classique de la sociologie du travail française, est le fruit d'une enquête empirique par observation participante sur le travail en atelier au sein d'une grande entreprise de la métallurgie lyonnaise dans les années 1970. En rejetant dos à dos la fiction d'une organisation scientifique du travail et les discours misérabilistes sur la condition ouvrière, Philippe Bernoux jette les bases d'une théorie de l'appropriation du travail qui a influencé ensuite de nombreux observateurs des mondes productifs contemporains. Plus que jamais d'actualité, cet ouvrage initialement publié chez Privat en 1981, est enrichi de textes inédits qui permettront de resituer le contexte de cette recherche et d'en saisir les échos contemporains.
Cette nouvelle édition éclairera toutes celles et tous ceux qui portent intérêt au travail et à ses mutations (syndicalistes, étudiantes et étudiants, femmes et hommes d'entreprises, etc., et bien sûr spécialistes des sciences sociales du travail).
Ce septième numéro de Football(s) explore les représentations des ballons ronds et parfois ovales au cinéma, entre fiction, documentaire et récits médiatiques. Du regard stylisé de Paolo Sorrentino à l'engagement de Ken Loach, en passant par les déclinaisons culturelles du " football ", les articles interrogent les usages narratifs et symboliques du football à l'écran. Football féminin, stars médiatiques, miracles sportifs ou formes hybrides comme le football-rugby: ce dossier révèle la richesse d'un sport devenu objet cinématographique, reflet des sociétés, de leurs passions et de leurs enjeux.
Ce portrait vivant révèle les distinctions sociales liées à la couleur de peau, au langage et aux modes de vie, une hiérarchie complexe qui fragilise la solidarité nationale de l'Égypte contemporaine.
À travers les concepts de méritocratie, symbole des périodes d'ascension sociale par le mérite, et de décadence, reflet d'agissement égoïste et moralement défaillant, l'auteur dévoile les tensions profondes au coeur de la société égyptienne. Mêlant analyses historiques, sociologiques et culturelles, il analyse la difficulté à construire une citoyenneté républicaine dans un contexte géopolitique dominé par l'impérialisme américain et la montée de l'islamisme.
Cet ouvrage éclairant, original et engagé, renouvelle l'écriture politique en s'ancrant dans le quotidien des Égyptiens et présente une réflexion nuancée sur les défis internes et externes à la construction d'un État moderne et démocratique.
Les algorithmes jouent un rôle de plus en plus important dans notre vie sociale – dans les sondages d'opinion, dans le comportement électoral, dans la publicité. Ils influencent avant tout la manière dont le social peut devenir politique. Nous ne pouvons donc pas nous contenter d'utiliser les algorithmes ou d'accepter leur utilisation, mais nous devons clarifier fondamentalement où et comment nous voulons les utiliser. Ce n'est que si nous les considérons comme politiques et les traitons de manière démocratique que nous ne courrons pas le risque de nous y soumettre et de dépolitiser ainsi la société.
Max Horkheimer, philosophe et sociologue, est l'un des plus éminents représentants de l'École de Francfort et de la théorie critique.
Publié en 1963 et traduit ici pour la première fois en français, Du préjugé (Über das Vorurteil) réunit le texte d'un exposé de Horkheimer et la discussion qui l'a suivi, tenus en 1962.
Dans ce court essai, Horkheimer analyse la structure du préjugé, sa forme apparemment inoffensive et ses effets destructeurs. Loin d'être une simple erreur de pensée, le préjugé relève d'une disposition à la fois psychique et sociale : il exprime le besoin de certitude, d'appartenance et de supériorité, il contribue à justifier et à maintenir les hiérarchies établies.
La discussion, quant à elle, réunit sept intervenants venus de la philologie, de la théologie, de l'histoire, de la sociologie, du droit et de la critique d'art. Elle approfondit la réflexion sur les dimensions culturelles et psychologiques du préjugé, tout en soulignant le rôle essentiel de l'éducation et des médias pour le dévoiler et le combattre.
À l'heure de la montée du populisme et des replis identitaires, Horkheimer nous ramène à une réflexion et à une vigilance critique face aux mécanismes qui divisent la société.
Les inégalités de santé représentent un enjeu majeur de justice sociale. Si nombre de déterminants sociaux de la santé ont été identifiés, l'analyse des processus qui produisent ces inégalités reste à approfondir. L'approche sociologique considère qu'elles représentent l'une des manifestations les plus saillantes de l'inscription des structures sociales dans les corps. Il importe ainsi, dans une perspective intersectionnelle, d'appréhender les rapports sociaux de pouvoir – renvoyant aux positions
de genre, de classe et de race – qui façonnent les pratiques. Cette approche invite aussi à ne pas appréhender le biologique indépendamment du social mais à penser l'interaction complexe entre ces deux dimensions. Elle engage enfin à analyser les pratiques de santé au sein de trajectoires de vie, de la naissance jusqu'à la mort, des atteintes à la santé jusqu'à la prise en charge par le système de soins.Cet ouvrage est issu de la leçon inaugurale prononcée au Collège de France le jeudi 3 avril 2025 par Nathalie Bajos, professeure invitée sur la chaire annuelle Santé publique pour l'année académique 2024-2025.
De quoi sont faites les relations entre employés et patrons, élèves et enseignants, accusés et juges, officiers et soldats du rang, enfants et parents, patients et soignants, gourou et fidèles, etc.? Ce numéro propose de repartir de l'autorité, notion centrale et problématique de notre modernité politique, pour la penser comme une relation sociale. Elle se caractérise, par rapport à d'autres relations de pouvoir, par le fait d'être fondée sur des statuts de participation a priori asymétriques. En saisissant l'autorité comme un travail relationnel, une mise à l'épreuve et un ensemble d'expériences sensibles, les articles explorent les moments critiques qui construisent, stabilisent et mettent à l'épreuve les relations d'autorité, ainsi que les dispositifs matériels, spatiaux, langagiers et moraux qui les produisent et dans lesquels elles s'inscrivent.
En lien avec l'étalement des villes, l'artificialisation des sols est devenue un phénomène d'envergure planétaire, sujet d'inquiétude à l'heure de l'érosion de la biodiversité. Après avoir tenté d'en mesurer l'ampleur, cet ouvrage reviendra sur ses multiples conséquences. En quoi constitue-t-il un problème majeur et à quoi la lutte contre l'artificialisation sert-elle précisément? Quelles réponses sont apportées pour réduire l'artificialisation, notamment en Europe et en France où la loi sur le " Zéro artificialisation nette " suscite de vifs débats et réinterroge nos modèles de développement et d'aménagement du territoire.
En 1946, l'Organisation mondiale de la santé a défini la santé comme " un état de bien-être physique, mental et social ". Dans cette acception globalisante, la notion dépasse le seul champ d'expertise des médecins et s'élargit à de vastes et multiples terrains de compétences. L'économie sociale et solidaire est ainsi directement concernée par la bonne santé de tous, producteurs et consommateurs, y compris dans l'industrie du soin. Étroitement liée aux déterminants sociaux (conditions de vie, environnement des populations, organisation de l'offre de soins), la santé globale s'envisage à partir des dynamiques sociales d'entraide et de solidarité, issues de la participation des acteurs et habitants des territoires.Il apparaît pourtant que, en dépit des dispositifs de soins existants, la santé, en France, reste hors de portée pour de larges fractions de la population. Comment être en bonne santé quand on est chômeur, sans domicile, sans papier, parent isolé ou encore mineur non accompagné? À la fois individuelle et collective, la santé globale appelle des réponses politiques qui prennent acte de nos dépendances et interdépendances. C'est l'une des clés de cet ouvrage qui ouvre la voie de la resocialisation de la santé, commun sociétal irréductible.
La crise dite migratoire n'est-elle pas, au fond, une crise de l'accueil?
Fin 2015, le rétablissement des contrôles aux frontières entre la France et l'Italie amène un grand nombre de personnes en exil, principalement originaires d'Érythrée et du Soudan, à emprunter les sentiers de la vallée de la Roya pour entrer sur le territoire français. Au bord des routes montagneuses, des riverains croisent des exilés désorientés et épuisés. Spontanément, certains riverains décident de les accueillir chez eux. Toutefois, ces actes militants sont surveillés de près par les autorités dans un contexte où la vallée de la Roya est devenue un point névralgique de la lutte contre l'immigration.
Partant de son expérience de bénévole au sein d'un campement improvisé, Hélène Mazin se livre à une enquête ethnographique approfondie témoignant d'enjeux infra-politiques de cohabitation autant que de problèmes publics de plus large ampleur. Partageant son journal de terrain, elle propose une réflexion sur les limites de la souveraineté étatique en matière de politique migratoire, mais aussi sur les ressorts inventifs d'une mobilisation citoyenne fondée sur un principe d'hospitalité.