Selon le rapport 2022 du GIEC, environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent actuellement dans des zones fortement exposées au dérèglement climatique et à ses effets. Les pays du Sud concentrent les zones où ses manifestations sont déjà, et seront, plus nombreuses, qu'il s'agisse d'événements climatiques extrêmes (typhons et dômes de chaleur), ou de phénomènes modifiant fondamentalement les caractéristiques de l'environnement (montée du niveau des eaux, acidification des sols, changement des régimes de précipitations). Par ailleurs, les populations de ces pays y sont particulièrement vulnérables du fait de systèmes productifs largement orientés vers le secteur primaire et d'un développement économique et humain relativement faible: leur capacité à faire face à de tels phénomènes reste limitée de même que les options pour en atténuer les effets, restreintes.Si l'exposition aux risques augmente, leurs effets également dans la mesure où ils touchent des territoires et des sociétés cumulant différentes formes de vulnérabilité, de précarité, d'inégalité et confrontés à des instabilités multiformes. La question des recours institutionnels pour y faire face, s'adapter, voire s'en prémunir est posée. Il en est de même des capacités propres, immédiates et futures, des individus, des familles et des communautés. Ces derniers activent et mobilisent différents mécanismes informels de couverture basés sur leurs réseaux de relations; ils peuvent également avoir recours à des instruments formels: des politiques publiques de renforcement de la résilience et des produits marchands d'assurance climatique.Si l'analyse de tels mécanismes et outils n'est pas nouvelle, le contexte de risques intriqués, renforcés, voire émergents, a la vertu de reposer la question de leur efficacité et efficience. Avec des risques qualifiés de " chocs communs " du fait de leur magnitude et intensité, resteront-ils encore opératoires et fonctionnels? Un autre enjeu de ce dossier thématique est notamment de mieux comprendre l'adéquation de ces instruments de protection des individus avec des besoins attendus accrus et d'analyser les situations de groupes d'individus en marge de toute protection.
On assiste depuis les années 2000 à un renouveau des approches historiques du développement. De l'histoire à la science politique, ces travaux font du développement un point d'entrée pour saisir les circulations d'experts et de savoirs, la construction des États au Sud, et plus largement la place des rapports Nord-Sud dans le gouvernement du monde. Si ce renouveau repose sur une diversification des archives mobilisées, il ne s'est pas pour autant accompagné d'un débat sur les usages possibles, mais aussi les limites de ces archives, ni d'enquêtes sur la façon dont les acteurs du développement les produisent.
Ce numéro se veut un plaidoyer pour une réflexion propre aux " archives du développement " en tant que porteuses d'enjeux particuliers, entre Nord et Sud, qu'il s'agisse de l'éclatement géographique des matériaux, ou de la capacité de certains acteurs à (faire) écrire et faire valoir leur récit au détriment des autres. L'objectif poursuivi dans ce dossier est donc double: offrir des points de repère méthodologiques à qui souhaite mobiliser et donc contextualiser ces archives, mais aussi poser les bases d'un projet plus ambitieux d'enquête sur les archives du développement. De l'Inde au Mali, de la Turquie au Canada, les articles de ce dossier explorent dans ce but la façon dont ces archives du développement sont produites, mobilisées, et politisées, sur des sujets aussi divers que l'action humanitaire, l'agriculture, l'énergie solaire, la planification urbaine, l'économie, ou encore la santé.
Ce numéro spécial, dont l'origine remonte au colloque international Point Sud " Politique et conflits armés en Afrique: ramener la paysannerie au centre des débats " qui s'est tenu en mars 2022 à l'Université Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso, examine le rôle et la place des paysanneries dans les conflits violents en Afrique et en Amérique latine. Souvent présentées de manière stéréotypée comme des victimes impuissantes ou complices opportunistes, les paysanneries sont en réalité des acteurs dynamiques qui façonnent les conflits et participent en tant que protagonistes aux différents processus qu'ils engendrent. Les contributions de ce dossier explorent les dimensions épistémologiques, théoriques et éthiques des études sur les paysanneries et les conflits, les modalités de conflictualité, ainsi que le rôle des paysanneries dans les interventions de pacification.
Le dossier s'inscrit dans le prolongement des dossiers thématiques que la Revue Tiers Monde, puis la Revue internationale des études du développement ont publiés depuis 25 ans en matière de microfinance et d'inclusion financière dans les pays des Suds, en particulier dans l'agriculture et le secteur rural. Dans un contexte de fortes contraintes, marginalisé dans les politiques de financement du développement, le financement agricole et rural apparaît comme peu adapté aux besoins des unités de production et difficilement en mesure de relever les objectifs, parfois contradictoires, d'une véritable transformation économique, sociale et environnementale des systèmes agricoles et alimentaires.
À partir des formes d'organisation existantes, ce dossier vise à observer les besoins de financement en lien avec les nouvelles trajectoires de transformation des systèmes agricoles et alimentaires. Il s'agit également d'interroger, aux différentes échelles des dispositifs et des territoires, les relations existantes entre les instruments, les acteurs qui les gouvernent ainsi que les effets qu'ils produisent.
Les articles mobilisent un ensemble de travaux originaux donnant accès à une meilleure connaissance des réalités de terrain en ce qui concerne le financement des producteurs et productrices agricoles, selon trois axes: i) les pratiques financières d'une agriculture familiale " sous contraintes "; ii) les dispositifs visant à améliorer le financement de l'agriculture dans une perspective de durabilité; iii) les leviers de l'action collective et des politiques publiques qui les sous-tendent.
Bien que les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) et leurs 169 cibles visent l'amélioration du cadre de vie des populations pour un avenir plus durable, les méthodes et processus pour y parvenir font l'objet de débats. À mi-chemin de l'Agenda 2030, ce volume permet de se questionner tant sur les fondements des ODD que sur leur mise en œuvre. Les différents articles mettent en lumière des populations et enjeux oubliés, interrogent les modes de gouvernance, réfléchissent à l'impact de l'application des ODD dans différents secteurs et proposent de nouveaux schèmes et paradigmes, souvent issus des savoirs des populations des Suds, pour atteindre un avenir durable. Bien que diversifiés tant dans leurs approches méthodologiques que dans les ODD qu'ils interrogent, les articles ont tous comme point en commun de vouloir décoloniser les pratiques de développement afin d'établir un véritable dialogue pour un développement pleinement respectueux des peuples.
La question que pose la grande majorité des travaux étudiant les relations entre l'Afrique et la Chine est " Que fait la Chine en Afrique? " " Que font les Chinois en Afrique? ", oubliant souvent d'ambitionner une anthropologie du changement social, économique et politique dans laquelle les acteurs africains retrouveraient toute leur place – en d'autres termes, une démarche qui décentrerait la Chine et les Chinois afin d'éclairer, par l'Afrique et les acteurs africains, les fondations micro des processus macro du développement. Les articles de ce dossier thématique offrent un décentrage de l'approche des relations afro-chinoises à travers une analyse des pratiques agentives africaines, afin de mieux évaluer dans quelle mesure les présences chinoises ont répondu ou non aux demandes africaines, et comment les acteurs africains les abordent et y répondent.
En considérant le pétrole comme un fait social total, ce dossier thématique étudie ce que le pétrole fait aux pays pétroliers des Suds, en Afrique et Amérique latine, selon trois axes de réflexion: la soutenabilité des modèles politiques, économiques et sociaux des pays producteurs et exportateurs, les savoirs spécifiques développés dans et par ces pays, et la transformation des territoires, luttes sociales et politiques qui découlent de la dépendance économique à une énergie fossile.
Ce numéro 250 est composé d'une sélection d'articles traduits en anglais et ayant déjà été publiés en français dans la revue, entre 2017 et 2021, depuis qu'elle a rejoint les Éditions de la Sorbonne. La sélection des articles assure une répartition équilibrée entre trois axes: populations (frères musulmans, enfants des rues, travailleuses du care), problèmes (alimentation, foncier), process (aide publique au développement, corruption, communs). Ce numéro est également pluridisciplinaire, avec des articles de sociologie, socio-économie, économie-anthropologie, anthropologie, géographie et science politique.