Collections et archives : quelles enquêtes pour l'historien de l'Antiquité ?
Ce numéro de Semen se propose d'interroger le témoignage comme fait de langue et de discours à partir des diverses approches permises par le développement de la recherche en sciences du langage et dans les disciplines connexes qui s'intéressent aux langages dans la variété de leurs manifestations : témoignage oral/écrit, iconique, audiovisuel ou passant par d'autres formes médiatiques.En mettant ici en lumière des contextes où les droits humains sont violés et où se manifeste la haine d'autrui, il cherche à analyser les caractéristiques sémiotiques et discursives des témoignages en croisant les perspectives énonciatives, rhétoriques et argumentatives.
De tout temps, les différents ordres juridiques ont dû encadrer les réactions aux comportements illicites et préjudiciables, afin d'éviter que les victimes de dommages illicites ne recourent à une vengeance privée sans limites à l'encontre des auteurs de tels actes. Un instrument juridique d'une telle importance ne saurait être dissocié de la culture propre à la période historique et au lieu où il est en vigueur. C'est pourquoi la présente monographie étudie l'articulation entre les fonctions punitive et réparatrice de la responsabilité aquilienne selon l'évolution du contexte culturel dans lequel celle-ci a été appliquée.La responsabilité aquilienne fut inventée en droit romain, et la première fonction que les jurisconsultes identifièrent est la punition du responsable. Toutefois, l'exigence d'un instrument réparateur fut de plus en plus ressentie au fil du temps, comme en témoignent les théories aristotélicienne, stoïcienne et chrétienne à propos de la nécessité que tout dommage soit réparé. Les Institutes de Justinien reconnaissent ainsi à la responsabilité aquilienne une finalité principalement réparatrice.La primauté de la réparation du préjudice fut approfondie et affinée à l'époque du ius commune, où la dimension morale et religieuse de la réparation (restitutio) fut mise en lumière notamment par Thomas d'Aquin. À partir de la fin du XVIIIe siècle, l'entrée en vigueur des codifications modernes fut une véritable révolution sur le plan des sources du droit. Bien que ces codes aient été influencés par la seconde Scolastique et l'école jusnaturaliste — deux courants excluant presque toute finalité punitive de la responsabilité aquilienne — plusieurs dispositions codifiées semblent néanmoins sanctionner certains comportements dommageables particulièrement graves ou dangereux. En somme, la responsabilité aquilienne doit trouver un équilibre subtil entre punition et réparation, afin de demeurer un instrument juridique équitable et efficace.
Comment les Grecs des cités antiques prenaient-ils connaissance des lois auxquelles ils devaient se conformer? Longtemps, la réponse à cette question a construit de prétendus corpus de lois exhaustifs et hiérarchisés, qui auraient remplacé, à haute époque, les traditions rituelles héritées du fond des âges. Mais, si tel était le cas, comment comprendre que les inscriptions normatives des périodes archaïque et classique aient été conçues comme de possibles offrandes à une divinité et gravées sur les murs de temples ou affichées dans des sanctuaires? De tels constats invalident l'hypothèse selon laquelle ces documents attesteraient l'essor d'une organisation politique strictement rationnelle car séparée de la sphère religieuse. En tenant compte du contexte spécifique de ces affichages, il s'agit ici de repérer toutes les traces d'oralité capables de dire le droit, depuis les actes de langage, comme les verdicts et les serments, jusqu'aux performances rituelles des poètes qui, à l'instar de Solon d'Athènes, prescrivent les bons comportements et dénoncent les malfaiteurs. On découvre alors autant de performances qui disent le droit en se plaçant sous la protection des dieux.
Cet ouvrage s'interroge sur les raisons, modalités et conséquences de l'endossement par les cités et leurs gouvernants de fonctions " sanitaires ", réelles ou métaphoriques, dans la constitution, le maintien et l'harmonie du corps civique. Les contributions réunies ici se proposent, tels des éclairages ponctuels, de mettre en lumière des aspects encore obscurs des liens entre corps physique, santé, individus et corps social au prisme d'un concept en vogue dans les sciences humaines et sociales depuis le début des années 2000, et encore peu mobilisé par les sciences de l'Antiquité: les vulnérabilités.
La documentation dite " magique " de l'Antiquité gréco-romaine recouvre une grande diversité de sources sur des pratiques rituelles qui, notamment sous l'Empire romain, témoignent de l'ampleur des échanges entre les cultures du bassin méditerranéen. Dans les rites guérisseurs, les malédictions ou diverses requêtes adressées aux divinités, au carrefour entre la religion et d'autres registres de savoirs, des animaux aussi divers et merveilleux que la hyène, le caméléon, la huppe ou le poisson nommé echenêis, aussi connus que le coq, le pigeon, le chien ou le serpent, ou encore aussi sacrés que le chat, le faucon, l'ibis ou le scarabée, sont mis à contribution pour leurs pouvoirs et leurs forces vitales.
Cet ouvrage explore des bestiaires et leurs auteurs, à travers l'encyclopédie romaine de Pline l'Ancien, les recettes de papyrus gréco-égyptiens ou le grimoire des Cyranides, et met au jour la fabrique d'une puissance, animale, humaine ou divine, qui apparaît comme un horizon de transformation des savoirs à l'époque impériale.
Attesté depuis l'Antiquité, le tirage au sort est une pratique dont l'histoire s'inscrit dans la longue durée. Dès l'Iliade et les autres épopées, parce qu'il reposait sur le hasard et l'intervention des dieux, il était opposé, philosophiquement et concrètement, au choix des hommes, que celui-ci fût fondé sur la raison et la délibération, le vote ou le bon vouloir personnel. C'est à cette procédure à la fois fréquente et commune dans le bassin méditerranéen antique que ce volume est consacré. Au travers de dix-huit contributions, il esquisse une réflexion collective sur les usages politiques, religieux, administratifs et ludiques qui étaient prêtés à la sors. L'enquête débute avec les mondes grec et italien des époques archaïque et classique et conduit le lecteur jusqu'à la Rome républicaine et impériale, espace et époques pour lesquels la sortitio n'a à ce jour pas reçu encore l'attention qu'elle mérite. En prenant le parti d'une démarche diachronique et comparatiste, ce volume cherche à mettre en lumière les différentes significations et vertus attachées au tirage au sort en fonction des régimes qui y eurent recours et de leur culture politique. Pourquoi les Romains, comme tant d'autres peuples antiques, choisirent-ils de laisser une telle place au hasard dans la conduite des affaires de la cité? Au-delà des enjeux propres à l'histoire ancienne, l'ouvrage s'inscrit dans une réflexion contemporaine. Il veille tout particulièrement à donner une profondeur historique et anthropologique au débat actuel sur la réintroduction du tirage au sort dans le contexte d'une crise de la " représentativité " que connaissent actuellement les démocraties occidentales.
Découvrez la Rome antique comme jamais auparavant! Ce guide exceptionnel vous plonge au cœur de l'histoire à l'aide de deux trésors uniques de l'université de Caen Normandie: une imposante maquette en plâtre de 70 m2, réalisée au début du XXe siècle par l'architecte Paul Bigot, et un modèle virtuel interactif.
Que vous vous trouviez devant la maquette, en visite sur les sites archéologiques ou confortablement installé chez vous, laissez-vous transporter à travers les rues et les quartiers de cette mégapole antique grâce à une exploration immersive et détaillée.
Entièrement refondue et enrichie, cette nouvelle édition vous offre 32 notices inédites et 100 illustrations supplémentaires, ainsi que de nouvelles cartes pour une compréhension et une immersion approfondies. Scannez les QR codes au début de chaque notice pour accéder à des bibliographies constamment mises à jour et visionner des vidéos fascinantes produites lors des Nocturnes du Plan de Rome.
Accessible à tous, du collégien au chercheur, du touriste curieux à l'amateur passionné, ce guide est l'outil parfait pour explorer et comprendre la grandeur de la Rome antique. Rejoignez-nous pour un voyage inoubliable à travers le temps!
Cet ouvrage est le catalogue de l'exposition organisée à l'automne 2024 par le Collège de France, à l'Institut des civilisations, en lien avec la chaire Techniques et économies de la Méditerranée antique du professeur Jean-Pierre Brun, et en collaboration avec l'École française de Rome, le Centre Jean-Bérard de Naples, l'École française d'Athènes, l'Institut français d'archéologie orientale du Caire et le musée du Louvre.Une visite de l'ancienne Méditerranée est proposée, dont le vin, l'huile et le parfum, trois productions antiques sur lesquels Jean-Pierre Brun a travaillé, sont le fil rouge. C'est en effet pour en présenter la fabrication, le transport et le commerce que le lecteur sera conduit de Gaule romaine en Italie, puis en Grèce et en Égypte.L'histoire racontée est aussi celle de la puissance économique de l'Empire romain et l'ouvrage souligne comment ce dernier a pu réunir tant de cultures tout autour de la Méditerranée, dans l'échange pacifique de biens, de technologies et d'idées, qui ont notamment eu des conséquences sur la vie et l'organisation sociale de toutes les populations de l'Empire. Dans ces domaines, la recherche archéologique a largement contribué à renouveler les problématiques.
L'une des conséquences de la guerre du Péloponnèse a été le développement d'une politique navale à grande échelle de la part de deux puissances terrestres : Sparte et la Confédération béotienne. À l'époque de leurs hégémonies respectives (404‑371 et 371‑362 av. J.-C.), elles ont dû se tourner vers la mer pour contrer le pouvoir qu'Athènes y exerçait, en mettant ainsi fin à la répartition, ancrée dans les esprits, entre la puissance sur terre (Sparte) et la puissance sur mer (Athènes). Cette nécessité a conduit Sparte et la Béotie à s'adapter à ce nouveau contexte : la surveillance des lieux stratégiques et la guerre navale étaient désormais au cœur de leurs préoccupations.L'ouvrage propose d'examiner les modalités d'adaptation entre les contraintes liées à une puissance terrestre et la mise en place d'une politique navale. Quelles ressources en argent, en hommes et en matériaux étaient nécessaires pour la construction et l'entretien d'une flotte et de ports militaires ? Quels étaient la disposition et l'aménagement des sites urbains à proximité de la mer ? Quel était leur rôle dans le développement de la navigation ? De tels changements ont entraîné un nouveau type de contrôle des réseaux routiers et du territoire. La question de l'organisation hiérarchique de la flotte se pose également. Par ailleurs, le développement de lieux stratégiques dans le cadre d'une politique navale crée de nouvelles relations sur le plan international. À travers l'analyse de ces changements, ce livre montre comment des puissances terrestres ont pu développer une politique navale et jouer ainsi un rôle central dans le monde égéen.
Depuis son assassinat le jour des Ides de mars, en 44 av. notre ère, l'image de Jules César a connu de nombreuses métamorphoses et marqué les imaginaires collectifs. Par une habile propagande, son mythe se met en place dès l'Antiquité, lui garantissant une notoriété durable. Vingt siècles d'évolutions et d'appropriations en ont fait un archétype. Ce volume retrace tout d'abord l'évolution de la figure du général romain au fil du temps, de l'Antiquité aux années 1960, avant de proposer un panorama de ses images actuelles au travers d'études thématiques.
La civilisation de l'Égypte pharaonique se déploie le long du Nil sur une durée de presque 3 500 ans. La discipline qui l'étudie, l'égyptologie, est née en 1822 avec le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion qui enseigna au Collège de France, quelques années plus tard, une vision déjà très aboutie de ses développements futurs. La chaire " égyptienne " n'a cessé, depuis, d'évoluer et de se renouveler.Tout en retraçant cet héritage bicentenaire, Laurent Coulon s'interroge sur les voies qui s'ouvrent à l'égyptologie aujourd'hui, au-delà de la philologie et de l'archéologie, notamment le dialogue qu'il souhaite nouer, par l'anthropologie, avec les autres civilisations. Il esquisse les thèmes qui seront au cœur de son enseignement : le culte d'Osiris, les images en contexte rituel et la statuaire tardive, ainsi que l'éloquence et la société de cour.
Comment les élites provinciales de Haute-Égypte du Nouvel Empire sont-elles parvenues à atteindre les plus hautes sphères de l'État pharaonique? Quelles ont été leurs stratégies pour s'y maintenir et y prospérer? Quel rapport spécifique ont-elles entretenu avec le pouvoir royal? Cet ouvrage, en s'appuyant sur une étude diachronique couvrant plusieurs siècles (1539-1077 av. J.-C.), propose des éléments de réponse à ces questions. En faisant appel à l'anthropologie de la parenté et à l'analyse de réseaux sociaux – Social Network Analysis (SNA) –, l'auteur remet en perspective les données historiques et prosopographiques pour révéler des évolutions majeures dans les relations des notables provinciaux, aussi bien entre eux qu'avec le pouvoir royal. La comparaison de la structure des différents réseaux restitués fait émerger des changements de comportement importants au sein de ces élites. Les replacer dans leurs contextes historique, géographique et politique permet de saisir les raisons qui ont provoqué la perte progressive d'influence du pouvoir pharaonique sur le sud de l'Égypte à la fin du Nouvel Empire. Si, durant la XVIIIe dynastie, les notables provinciaux de Haute-Égypte ont gravité autour du pouvoir royal au sein d'une véritable société de cour, la situation se trouve bouleversée dès le début de la période ramesside: alors ces élites semblent s'émanciper, voire concurrencer l'emprise du pharaon sur cette aire géographique. On passe ainsi d'une société de cour où l'on représente un pharaon tout puissant dans l'attribution des hautes charges étatiques, à une société de réseaux, où la reproduction sociale et les stratégies, notamment matrimoniales, fonctionnent pleinement.