L'abbaye bénédictine de Baume-les-Messieurs (Jura) a échappé aux importantes reconstructions monastiques de l'époque moderne, ainsi qu'aux destructions révolutionnaires. Ses bâtiments conventuels résultent de plusieurs campagnes de construction, dont les premières structures conservées datent des environs de l'an mil. Ce riche potentiel archéologique et architectural permet d'appréhender et de retracer les évolutions de la topographie et du bâti de l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses abbayes du diocèse de Besançon, à l'intérieur d'un arc chronologique qui s'étend depuis la construction de l'église au XIe siècle jusqu'à l'abandon de la vie régulière au XVIIe siècle.
Percevoir ce qu'était l'espace sacré au Moyen Âge est à la fois simple et complexe, car si la société médiévale est profondément christianisée, il n'en demeure pas moins que déterminer l'espace sacré dans sa dimension spatiale n'est guère aisé.Le lieu sacré est lié à la pratique du culte qui se traduit par des rites et des choix liturgiques. La dimension ecclésiale et collective implique un partage physique et spirituel de cet espace entre d'une part les fidèles, les clercs et les moines et d'autre part les vivants et les morts. Cette partition génère une organisation spatiale perceptible à travers les études architecturales, les aménagements liturgiques et les circulations, mais aussi grâce à la diversité ou la permanence des programmes iconographiques. Le terme d'espace ecclésial ne se rapportant pas uniquement à l'église, il a été jugé nécessaire de s'intéresser également aux lieux qui lui sont associés, comme le cloître et le cimetière.C'est ainsi qu'à travers un grand nombre d'exemples puisés dans les régions Rhône-Alpes et Auvergne, des archéologues, historiens de l'art et liturgistes, issus des diverses institutions de recherche françaises et réunis en " Action collective de recherche ", offrent ici une approche croisée de l'espace sacré depuis l'Antiquité tardive jusqu'au XVe siècle. L'ouvrage s'appuie sur des études régionales dont plusieurs sont inédites.
Pour une archéologie des espaces ruraux du Néolithique au Moyen Âge
Objet d'étude complexe inscrit à la croisée des disciplines, l'espace rural est défini par Georges Bertrand comme " le milieu naturel aménagé pour la production au sens large, animale ou végétale, par des groupes humains qui fondent sur lui la totalité, ou une partie, de leur vie économique et sociale ". Cette construction protéiforme se manifeste notamment à travers les établissements ruraux et systèmes agro-paysagers au sujet desquels l'archéologie préventive livre chaque jour de nouvelles données (fermes, systèmes parcellaires, etc.). Au cours de cette dernière décennie, ces objets de recherche désormais spécifiques de l'archéologie du monde rural ont connu un large renouvellement épistémologique et méthodologique. Les dynamiques naturelles, sociales et territoriales, les formes d'habitat et les modes de mise en valeur, l'interaction des sociétés et des milieux, sont au cœur d'une réflexion globale, positionnée sur la longue durée de l'histoire des terroirs et des systèmes agraires qui les sous-tendent, et qui concerne tout autant les archéologues du monde rural que les spécialistes des paysages et des paléoenvironnements. De fait, l'objet de la table ronde organisé à Caen en 2008 n'était pas de s'en tenir à une simple déclinaison des grands types d'établissements agricoles et de paysages agraires identifiés par l'archéologie dans le Nord de la France, du Néolithique au Moyen Âge. Jusqu'alors, ces données étaient le plus souvent abordées sur un plan chronologique strict, à l'occasion de rencontres réunissant des chercheurs impliqués dans l'étude de la ou des seules périodes considérées (colloques Internéo, AFEAF, AGER, AFAM…). Les deux journées de la table ronde étaient davantage envisagées sous l'angle de la longue durée. L'accent était porté sur la réunion, l'interrogation et la confrontation critique d'un choix de données et points de vue récents concernant le fonctionnement interne comme les traductions spatiale et paysagère des agrosystèmes passés, du Néolithique au Moyen Âge, de la ferme au village, et du terroir cultivé aux espaces réputés marginaux. Tout en renouant avec les directions antérieures impulsées notamment par Jean Guilaine autour du concept d'archéologie agraire.
Cet ouvrage est issu d'un Projet Collectif de Recherche ayant pour objet l'étude des habitats ruraux du Moyen Âge fouillés avant 2000 en Pays-de-la-Loire et auxquels ont été ajoutés quelques gisements des Deux-Sèvres et d'Ille-et-Vilaine. Ce travail de collecte et de normalisation des données a abouti à l'élaboration d'un corpus de cinquante notices de sites, dont la majorité a été fouillée dans le cadre d'opérations préventives, et à la rédaction d'une dizaine de synthèses qui analysent tour à tour l'organisation générale de ces implantations, les manières de construire, la vie quotidienne de leurs populations partagée entre agriculture, élevage et activités artisanales. Après une vingtaine d'années de découvertes, ce sont ainsi quelques espaces habités au sein de paysages ruraux en constante évolution que l'on commence à entrevoir entre le ve et le xve siècle…
Histoire et archéologie d'une fortification savoyarde de frontière au XIVe siècle
De nos jours, la moindre fortification médiévale offrant au regard une allure un peu massive, pour peu qu'elle soit affublée d'une tour ou d'une échauguette ou de quelques créneaux refaits au XIXe siècle, est automatiquement qualifiée de château. Certes, le Moyen Âge est la période des châteaux forts, mais bien d'autres édifices fortifiés ont existé, qui étaient appelés, selon leur statut social et leurs fonctions : maisons nobles, maisons fortifiées, maisons fortes, domiciles fortifiés, bâties. Qu'est-ce qu'une bâtie ? Peu d'études si ce n'est quelques fouilles ne leur ont été consacrées. Pourtant elles sont nombreuses et avaient un rôle tout à fait spécifique et important à l'intérieur des réseaux castraux. Ce rôle purement militaire à l'origine s'est modifié au fil du temps et du contexte politique. C'est sans doute une des raisons qui a compliqué la perception historique de ce type de fortification. Grâce à une documentation détaillée et aux vestiges archéologiques encore visibles sur le terrain, l'auteur propose l'étude d'une de ces bâties : La bâtie de Luisandre, née en 1305 de la guerre delphino-savoyarde et de la politique territoriale du comte de Savoie. La richesse des documents permet de comprendre clairement les causes, les modalités et les buts politiques de l'édification de ce type de fortification. Elle permet également de suivre toutes les étapes du chantier de construction en un lieu si peu accueillant et n'ayant aucun attrait économique. L'histoire de cette bâtie n'a pas duré plus d'un demi siècle après la résolution du conflit en 1355. De ce fait, rien n'est venu modifier ni polluer sa forme et ses structures architecturales originelles. Cet ouvrage propose donc la reconstitution historique et monumentale précise et détaillée d'une fortification avancée que les gens du Moyen Âge appelaient bâtie.
Nécropole mérovingienne, 6e-7e siècle ap. J.-C. et Enclos Protohistorique, 9e-5e siècle av. J.-C.
La plaine alluviale aux environs de Saint-Vit, à l'aval de Besançon, a fait l'objet de nombreuses investigations archéologiques depuis une trentaine d'années. C'est à l'occasion des fouilles liées au projet de liaison à grand gabarit du canal Rhin-Saône qu'une vaste nécropole protohistorique à enclos fut d'abord étudiée et que le cimetière mérovingien des "Champs Traversains" fut découvert. Une fouille exhaustive, réalisée de 1995 à 1999, a permis de mettre en relation ces occupations successives. Implantée sur le plus grand des deux monuments funéraires à double fossé, daté de la fin de l'âge du Bronze et de l'âge du Fer, la nécropole du haut Moyen Âge fut aménagée un peu plus de mille ans plus tard, à partir de la seconde moitié du 6e siècle après J.-C. jusque dans les années 630/40. L'enclos 4 des "Champs Traversains", d'un diamètre de plus de 55 mètres, conserve en son centre un tertre au sein duquel avaient été disposées plusieurs sépultures à partir de la fin du 9e siècle jusqu'au début du 5e siècle avant J.-C. Les remaniements importants de cet aménagement au cours des siècles suivants ne permettent pas d'analyser dans le détail les gestes funéraires liés à leur installation. En effet, les 191 inhumations conservées et l'incinération du premier Moyen Âge s'organisent sur cette structure et l'utilisent en partie. Déposées dans de vastes chambres funéraires et plus rarement dans des fosses étroites, ces sépultures sont riches d'enseignements. Des constructions funéraires à enclos de poteaux et de fossés constituent l'une des originalités du site mérovingien. L'anthropologie biologique permet de caractériser cette population et de mettre en évidence son état sanitaire privilégié. L'importance du mobilier archéologique autorise l'établissement d'un cadre chronologique très affiné tout en mettant l'accent sur des pratiques mortuaires distinctives à travers la combinaison d'armement des hommes par exemple, le costume des femmes ou encore les offrandes alimentaires. La place des enfants est aussi analysée au sein de cette communauté de notables qui se manifeste par le caractère ostentatoire de ses gestes funéraires. Les comparaisons avec les données archéologiques à disposition dans le domaine mérovingien occidental permettent, entre autres, de préciser les relations avec la rive droite du Rhin et l'est de la Gaule. Ces spécificités offrent en outre l'opportunité de proposer le cadre culturel et historique de la nécropole au moment où le royaume franc intègre la Burgondie en 534, puis se réorganise après 561, sous le règne de Gontran. Cette étude met l'accent sur un modèle funéraire spécifique à une élite installée dans la vallée du Doubs pour y asseoir l'autorité franque. Si le contraste avec les usages locaux, issus des traditions de l'antiquité tardive, est indéniable, certaines données matérielles et les modifications des coutumes funéraires au cours du siècle d'utilisation de la nécropole indiquent l'ancrage progressif de la population inhumée au sein du domaine culturel régional.
Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale. Mélanges en l'honneur d'Anne-Marie Flambard Héricher
À l'occasion du départ d'Anne-Marie Flambard Héricher, un groupe de collègues, de doctorants et d'anciens élèves ont voulu lui manifester leur amitié et l'admiration qu'ils portent à ses travaux en rassemblant dans un volume des articles sur des sujets proches de ses recherches : châteaux et manoirs replacés dans leur environnement, motte féodale au milieu du paysage, rives de la Seine et pont fortifié, étude des potiers ou des charpentiers. Mais l'histoire des villes — Caen, Rouen, Louviers, Pont-Audemer — n'est pas non plus ici absente, ni celle des saints et des rois : Guillaume de Volpiano, Étienne d'Obazine ou Charles le Simple. Anne-Marie Flambard Héricher a été de celles et ceux qui ont participé au renouveau de l'archéologie médiévale en France, à l'école de Caen. De nombreuses campagnes de fouilles ont fait d'elle une des spécialistes reconnus de la castellologie, l'étude scientifique des châteaux médiévaux. Cette passion de l'archéologie, elle l'a transmise à de nombreux étudiants. Mais elle ne s'est pas contentée de fouiller, elle a toujours voulu replacer ce qu'elle découvrait dans le cadre plus large de la recherche historique, associant ainsi l'archéologie à l'histoire.
Depuis huit millénaires au moins, les sociétés agricoles ont considéré le sel comme une source de vie et de richesse dont l'origine s'inscrivait dans les mythes. Les approches croisées des ethnologues, des archéologues, des historiens et des environnementalistes permettent aujourd'hui de renouveler profondément nos connaissances sur l'exploitation généralisée de l'eau de mer, des sources salées, des terres salées et du sel gemme. Ainsi, d'extraordinaires techniques ont été mises en oeuvre, tandis que les logiques sociales plaçaient le sel au centre des systèmes de croyance, un peu partout dans le monde.Les vingt-quatre contributions regroupées dans cet ouvrage ont été présentées en octobre 2006 lors d'un colloque international du bicentenaire de la mort de Claude-Nicolas Ledoux, l'architecte génial de la Saline Royale d'Arc-et-Senans. Rompant avec les limites entre disciplines scientifiques et les cloisonnements géographiques, les auteurs proposent une nouvelle lecture de l'exploitation du sel en abordant la longue durée, depuis la Chine et le Mexique préhispanique jusqu'à l'Europe préhistorique, ou encore des salines médiévales continentales au sel antique méditerranéen. C'est donc d'histoire technique et sociale qu'il s'agit, en relation avec les modifications environnementales.
L'histoire de la transformation de l'espace géographique en écoumène habité, occupé, exploité, transmis et hérité butte encore sur le fait que les objets de la recherche ont été définis par la géographie historique il y a fort longtemps et qu'ils ne conviennent plus. De ces objets en crise, les auteurs, qui appartiennent à l'école d'archéogéographie, tirent de nouveaux objets, recomposés, et proposent les modes de réorganisation de la matière. Ils placent l'espace au centre du propos et montrent que les deux derniers millénaires sont le temps essentiel de cette élaboration.
L'ouvrage réunit les contributions d'archéologues et d'historiens sur la métrologie agraire protohistorique, antique et médiévale. Le thème n'est pas nouveau : ce qui l'est, c'est la profusion des données fournies par l'archéologie préventive qui procède, dans l'emprise de certaines opérations d'aménagement, à d'amples décapages qui révèlent des réseaux parcellaires cohérents et synchrones. C'est aussi l'attention portée à l'archéologie des plantations arbustives qui permet de constituer un corpus des techniques de plantation depuis la protohistoire jusqu'au Moyen Âge. Ces observations, croisées avec les données textuelles et les relevés de la carto- et photo-interprétation, permettent d'engager une réflexion nouvelle sur les systèmes métrologiques à l'œuvre dans la construction parcellaire durant l'Antiquité et le Moyen Âge. L'enquête a également été élargie aux parcellaires urbains pour tenter de comparer la métrologie des îlots et des matériaux de construction avec la métrologie agraire contemporaine.
Cet ouvrage, issu du colloque international qui s'est tenu à Tautavel (les 14, 15 et 16 mai 1998) veut attirer l'attention sur les nombreux aspects de l'utilisation de la pierre par l'homme depuis la préhistoire, et des difficultés pour comprendre et expliquer son identification, son évolution et sa conservation. L'ensemble des contributions présentées apporte des données originales sur les méthodes et techniques modernes utilisées pour contribuer à mieux comprendre l'évolution culturelle et artistique de l'humanité, le devenir de la pierre extraite et la restauration des monuments.
Les 26 plantes cultivées et 131 plantes sauvages identifiées dans le grenier de Durfort, incendié au 14e siècle, ont permis d'ouvrir de nombreuses études concernant les pratiques agricoles dans un finage médiéval de moyenne montagne. Les apports de l'analyse carpologique démontrent l'importance de la contribution de cette discipline à l'histoire agraire et à celle de la culture matérielle.